15 octobre 2012

BIO

BIOGRAPHIE
(version longue)

Ni pur produit de la rue et du graffiti, ni pur produit de la formation technicienne de dessin Emile Cohl (Lyon – 1993-1996), NKDM est comme son œuvre, un hybride.

Sa réputation d’artiste inclassable lui vient de la multitude des supports et des techniques employés : à la fois graphiste, illustrateur, graffeur, street’artiste, sérigraphiste, NKDM multiplie les interventions, de la rue aux murs des galeries.

Il s’est d’abord fait connaitre par son univers incongru composé d’étranges figures, de protubérances tantôt mécaniques tantôt organiques, d’assemblées fantomatiques de personnages désincarnés, ou encore d’hommes robots qui se fourvoient dans leurs machines.

Entre candeur et satyre, légèreté et tension, NKDM ne tranche pas et laisse cette ambigüité planer dans ses œuvres. Qu’il travaille sur un mur ou sur une toile, son rap-

port à la matière oscille entre celui d’un sculpteur et d’un peintre. Le geste est là, énergique. Quelque chose de l’ordre du volume et du mouvement ressort inexorablement. Cette physicalité est au cœur de sa recherche artistique :

« Ses dessins étranges sont l’instrument d’une recherche plastique aux formes quasi-cinétiques où la perspective prend littéralement vie » [1].

Ayant aujourd’hui délaissé le réalisme pour l’abstraction picturale, la rue reste son domaine de prédilection. Son engagement résulte de cette volonté de disséminer ses compositions visuelles dans les dédales urbains.

C’est cette rencontre différée et impromptue avec tout un chacun, sans discrimination aucune, qui fait de sa pratique artistique un acte signifiant.

Il s’agit alors de ré enchanter nos villes bétonnées par des lignes austères, réinvestir nos cheminements urbains saturés d’un déferlement d’images continu sous la houlette d’un consumérisme implacable.

En créant ainsi des fresques en anamorphose, en effaçant les lignes de perspectives réelles pour en recréer d’autres, plus belles et plus inventives, NKDM laisse à chaque passant la possibilité de retrouver sa capacité d’émerveillement au détour d’une ruelle. Ré enchanter les mûrs, imaginez maintenant ! Tel pourrait être son adage.

[1] Opus Délits # 20 – « NiKoDeM – Graphique d’influence » Critères éditions, Grenoble, avril 2011

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NiKoDeM vit a Grenoble et travaille partout.

Artiste visuel, NKDM questionne l’image par son graphisme décalé. Afin d’en définir l’impact, il expérimente toutes sortes de langage qu’il traduit de façon ludique et inventive. Depuis plus de quinze ans maintenant, il multiplie les interventions en réalisant des fresques, des performances, des expositions et des installations.

Son goût pour l’expérimentation le rend inclassable même si ses travaux restent proches de la bande dessinée ou du réalisme. Aimant les anachronismes, l’artiste confronte des univers apparemment incompatibles en usant de techniques diverses, le tout teinté d’ironie.

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Pour toutes informations,
contact@nkdm.com
 

NKDM, un peintre tout-terrain.

 
Récemment, Nikodem allait passer quelques jours à la campagne. Il en profita pour exécuter une fresque sur un poulailler… Est-ce à dire qu’il emporte toujours des bombes avec lui ? Pas exactement. Mais qu’est-ce que les volailles ont bien pu en penser ?
 
Sans tout révéler, il faut savoir que Nico tire son pseudonyme d’une facétie visuelle : par la contraction erronée de ses prénom et nom, on obtient Nikodem, avec un k, comme dans kyrielle, keum, ou kaléidoscope. Diminutif : NKDM.
 
De 1993 à 1996, il suit les cours d’arts appliqués de l’école Émile Cohl, à Lyon. Il s’y initie aux secrets de la perspective et du mélange des couleurs, aux techniques du dessin animé, de la b.d., de l’illustration, de la sculpture… C’est aussi l’époque où il « s’impressionne » de travaux d’artistes aussi divers que De Crecy, Bisley, Schiele, Klimt, Picasso, Gilliam, Kubrick, Kandinsky…
 
Épisode amusant : à Belfort, au pire moment de son service militaire, NKDM parvient à négocier ses exemptions en échange de la réalisation d’une fresque devant représenter le LRM, un véhicule blindé qui balance des projectiles. Certes, les peintures industrielles fournies par l’Armée Française sentent un peu le napalm. Mais cette première expérience de jeunesse lui confirme que, face à des sourds, il faut savoir jouer des signes.
 
Grenoble, au terme des années 90. En cette période où le mot « street-art » n’est pas encore sur absolument toutes les bouches, NKDM expérimente la peinture performative. Il se lance le défi de travailler en public, sur toile et sur scène, lors de concerts, sound-systems, free parties… Comme une façon de danser avec la foule. NKDM travaille son style à gros coups de pinceaux et bourrine, bourrine, jusqu’à tard dans la nuit. Ça tombe bien, on lui prête un atelier qui se trouve justement au-dessus d’un des lieux où il se produit : L’Entrepôt, regretté café-concert niché au coeur du quartier Europole. En dehors de ces soirées, NKDM aborde au pinceau et au rouleau les murs des friches, les passages souterrains, les spots du terrain grenoblois. Pour déroger aux codes du graff, il s’invente sa propre tribu de personnages, formée d’olibrius moustachus échappés des Brigades du Tigre ou d’un illustré steampunk antidaté. C’est sa réponse anachronique, « old-old-old-school », au sempiternel b-boy des académiciens. Entre-temps, vers le tournant du siècle, un jour qu’il arrivait avec ses pots de peinture sur le site de sa première commande officielle, un collègue lui proposa d’utiliser ses bombes. La suite se devine.
 
Début des années 2000, NKDM jongle entre performances, festivals, fresques, commandes, illustrations, etc. L’été, il fait la tournée des plages, en binôme avec Vinz, un compère récurrent dans cette phase de sa vie. Au culot, ils dégottent les plans déco. De cabanons en camionnettes, il y a toujours une surface à customiser. Joie des rencontres : après qu’ils aient repeint le manège d’un forain, celui-ci les invite à revenir goûter sa recette de hérisson braisé… À Grenoble, NKDM mène également des ateliers d’initiation à la peinture et au graff. Il y incite des jeunes à s’exprimer en art, à réaliser que cela leur est accessible. Lui ne conçoit pas l’art comme une intimidation. Tous les supports l’intéressent. Et sa perception du collage concerne autant cette pratique proprement dite que le « collage » de toutes les techniques : photo, PAO, vidéo, Web, sérigraphie, pochoir, projection, stickers, découpage, nacelle, travail collectif… Chaque approche tient de ses surprises.
 
Dans une ville comme Grenoble, d’événements en rencontres, le réseau se tisse rapidement et on voit du pays. À l’été 2001, NKDM s’embarque pour la Bosnie. Il y retrouve le collectif Force Urbaine, à l’occasion de l’Intercultural Mostar Festival. Il leur arrivera de peindre sur certains murs devant lesquels, peu auparavant, avaient lieu des exécutions. On recouvre les impacts… Le LRM de Belfort n’est pas si loin. Retour à Grenoble. Toujours avec Vinz et Force Urbaine, lors de la Writerz Exhibition de mai 2002, NKDM déballe ses tentacules géants, en bleu et noir, sur le Mandrak, squat de la friche Bouchayer-Viallet. Avec cette fresque, se terminant en gueule de monstre qui avale l’entrée du site, il tâte déjà du trompe-l’œil. Des trois squats (Mandrak, Barak, Brise-Glace) qui formaient la frontière de la friche, il ne reste rien aujourd’hui. Mais à la faveur d’un beau rayon d’aubaines, ces instants et ces lieux garderont leur importance dans le parcours d’NKDM. D’abord, au Brise-Glace, lieu de résidences et d’ateliers, où il pourra remonter le sien pendant quelque temps. Puis, par le Mandrak, où il joindra ses talents à l’équipe fondatrice de l’association Utopia. Enfin, en 2006, après la destruction de la halle Mandrak, l’association obtient de la Mairie le prêt d’un autre bâtiment. C’est là que la nouvelle équipe pose son barda pour de bon. Utopia devient à la fois un collectif et un lieu, dont les murs d’enceinte servent à NKDM de carnet de croquis géant.
 
Quand on est gourmand de ses dix doigts, on leur trouve forcément de quoi se dégourdir. Et qui, de l’imaginaire ou des mains, influence-t-il l’autre le premier? Au cours de cette décennie, NKDM explore de fond en comble le maelström figuratif auquel il a abouti. Ses amas de bonshommes gesticulant dans leurs drôles de machines, ses cyborgs qui enflent et qui désenflent, par boyaux, par tuyaux – son univers de cette période, procèdent autant des Fous du Volant que du constat flippé d’une civilisation de science-fiction partie en sucette. Voire de l’état d’esprit d’un Manu Larcenet, pour sa critique douce-amère des temps merdiques où l’on devra, de front, ménager carotte et altruisme, comme d’autres la chèvre et le chou. Côté positif, NKDM rêve, comme Miyazaki, d’emmener le public vivre dans ses œuvres. Art-thérapie ? Plus récemment, il a pu ressentir un voisinage avec l’univers du graffuturism.
 
Comme on peut le voir dans la vidéo Élément Instable, NKDM tient à renouveler sans cesse sa production d’oranges mécaniques visuelles. Et il ne faut jamais recongeler un produit décongelé ! Or, sans vraiment tourner la page, NKDM commence à se lasser de ses créatures. Il tend, vers 2010, à s’en écarter doucement pour n’en conserver que la tuyauterie, l’artillerie lourde, tel un chantier privé de ses habitants. Il mise progressivement sur une manière d’abstraction, tantôt prise entre traces et coulures, tantôt plus strictement géométrique. Deux grandes réalisations témoignent de ce dernier tournant : en 2010, sa fresque en anamorphose, pour l’agence d’architectes Amplitudes, Grenoble ; en 2014, pour le Mois du Graphisme, autre anamorphose, sur l’édifice des Moulins de Villancourt, Échirolles.
 
À l’intersection de ces recherches, on voit apparaître dans ses toiles de plus en plus d’objets flottants non identifiés. Ici, le volume prime. Nous sommes invités à plonger dans une réalité vivante, une profondeur à plusieurs plans où se superposent formes-bulles, formes-poutres, implants mammaires et saucisses liquides. Les travaux d’ NKDM prennent là un tour illusionniste. Que ce soit par la matière ou par un effet de relief, dans la transparence ou dans le contour net, Nikodem bâtit les niveaux de lecture de ces travaux-là comme une sculpture des couleurs. À gommer les perspectives, on retrouve la sensation de nage et d’environnement, les sonorités d’un fond de piscine, les échos d’une guerre entre objets ou d’un match de sport inconnu. Appliquées à la peinture murale, ces découvertes fournissent à NKDM l’opportunité d’en tester l’efficacité à grande échelle. Selon leur évolution, ses structures perpétuent le rapport bruyant qui paraît communiquer avec sa palette, rappelant les toux que l’on croyait entendre s’échapper des personnages de ses toiles les plus enfumées.
 
Avec les années, s’enchaînent les étapes : ouverture de la friche RVI et Biennale d’Art à Lyon, puis Upfest (Bristol), Dali fait le mur et Quai 36 (Paris) ; petit tour de France (Marseille, Montpellier, Bayonne, Uzès, Gap, Saint-Étienne…) ; expositions à l’étranger (Espagne, Suisse, Chili, Angleterre, Allemagne…) ; jeux collectifs (CH2, LCF…), etc.
 
À mesure que les dimensions de ses travaux augmentent, l’accueil se pluralise. En bon « sensorialiste », NKDM voudrait rendre les toilettes publiques transparentes. « J’aimerais me dire que je fais de l’art populaire, mais est-ce de l’art populaire contemporain ? » Prendre en compte l’espace urbain, c’est partager directement avec quiconque se rend d’un point à un autre. « Pour moi, la rue c’était un autre support, par rapport au papier et à la toile. L’intérêt de la rue, c’était le contact avec la population et le grand format ». Il ne s’agit donc pas que de technique, de virtuosité, mais de l’inscription de ces œuvres dans un dialogue propre à la rue. « Paradoxalement, ces œuvres appartiennent à tous et à personne. Elles deviennent un bien commun ». En attendant, NKDM gamberge à leur immersion dans le paysage rural, pour ne plus « s’occuper seulement du mur, mais prendre en considération ce qu’il y a autour ». C’est ce qu’il faudra expliquer aux volailles.
 
 

TG